Problèmes et défis posés au Bangladesh

Les minorités ethniques opprimées

 

 

Une cinquantaine de communautés ethniques et minoritaires vivent au Bangladesh. Leurs difficultés d'insertion, et même le rejet dont elles ont à souffrir de la part des autorités et des autres Bangladais, sont un problème récurrent.

Ces minorités constituent des groupes plus ou moins importants et seraient actuellement une cinquantaine. Depuis 1951 les statistiques officielles ne les reconnaissent que comme minorités linguistiques et religieuses, et les chiffraient à l'époque à 1.206.000 personnes, soit 1,2 % de la population. Officiellement on les nomme "upajati " (tribus) ou plus fréquemment " adivasi " (indigènes). Ils sont hindouistes, bouddhistes, animistes ou chrétiens.
Ces tribus vivent dans trois régions : dans les districts du Nord (les Santal, animistes), dans les régions montagneuses au nord de Mymensingh et de Sylhet (notamment les Garo, chrétiens ou animistes) et enfin dans les Chittagong Hill Tracts (un demi million dans les régions montagneuses boisées de ces CHT, les autres dans des zones urbaines comme Chittagong et Cox's Bazar).

Les Adivasi qui vivent dans la région de Mymensingh travaillent dans les champs de thé. Ils ont été autrefois amenés là par les colons anglais depuis les régions montagneuses de l'est et du centre de l'Inde dont ils étaient originaires.

La plupart de ces minorités ont leur propre langue. Certaines ont leur propre écriture comme, par exemple, les Santal. Les Chakma ont la particularité d'avoir adopté la langue bengali, mais ils l'écrivent en caractères birmans.  

A côté des minorités tribales, il existe des groupes importants de réfugiés, notamment les Biharis ou Mohajirs (musulmans parlant l’ourdou) du nord-est venus d’Inde après la partition de l’Inde en 1947 et devenus apatrides en 1971 pour avoir choisi le Pakistan. En 2008 la Haute Cour leur a reconnu le droit d’opter pour la nationalité bangladaise.

Il n’existe en revanche pas de solution pour les Rohingyas, musulmans de langue birmane, venus de l’Etat d’Arakan en Birmanie  fuyant les persécutions de la dictature militaire au pouvoir et de la majorité d’ethnie birmane bouddhiste. La junte militaire birmane ne leur reconnaît pas la citoyenneté birmane. 28 000 sont hébergés dans des camps de réfugiés mais près de 200 000 autres survivent illégalement dans des conditions d’effroyable pauvreté et d’insécurité dans la région de Cox’s Bazar. Le gouvernement du Bangladesh se déclare trop pauvre pour pouvoir les accueillir mais a refusé en mai 2011 un projet de l’ONU de 33 millions de dollars pour leur venir en aide. Un accord récent entre les deux pays a conduit au rapatriement forcé d’un certain nombre d’entre eux en dépit du sort misérable qui leur est fait en Birmanie (interdiction de sortir sans autorisation du village où on les a placés, arrestations arbitraires, travail forcé). L’émigration illégale continue donc.

 

Les minorités ethniques dans les Chittagong Hill Tracts

Rappel historique et géographique

Les Chittagong Hill Tracts sont une région de collines escarpées et de montagnes à l'est et au sud-est du Bangladesh située entre le golfe du Bengale, l'Inde et le Myanmar et composée de quatre vallées parallèles nord-ouest/ sud-est ; elles sont donc enclavées entre le golfe du Bengale et l'Inde, et pour une petite partie au sud, par le Myanmar (ancienne Birmanie).

Les populations qui y vivent appartiennent à des minorités ethniques d'origine sud-asiatique venues au 17è ou 18è siècle du Myanmar. Ces " tribus " sont hindouistes, bouddhistes ou animistes et sont apparentées aux Birmans. Leurs costumes et leurs coutumes les distinguent des Bengalis. Elles vivent de la forêt et de cultures sur brûlis ou " jhum " (d'où leur nom collectif de " Jumma "), de chasse, de pêche et de riziculture dans les fonds de vallées.

Actuellement il ne resterait que 200.000 Chakma, 135.000 Marma, et une dizaine d'autres groupes comme les Tripura, les Mro, les Khumi, les Pankhua, les Lushai, les Bawm, les Kuki, les Riyiang, les Kheyangs et les Chak.

 

Petite histoire récente des Jummas

Les treize ethnies tribales rassemblées sous le nom de Jumma sortent d'une période de guerre civile de 20 ans contre le gouvernement (1979-1997).

  • 1947 : à l'indépendance du Pakistan, les tribus ont perdu le statut spécial accordé par les Britanniques et qui protégeait leur territoire de l’immigration bengali.
  • 1956-1963 : La construction du barrage de Kaptai près de Rangamati détruit 54,000 acres de terres cultivables et déplace plus de 100 000 Chakma à l’intérieur des CHT.
  • 1971 : à l'indépendance du Bangladesh, la constitution crée une nation bengali et ne reconnaît pas de droits particuliers aux minorités. Même si la liberté de religion y est inscrite, il n'y a pas, dans le code pénal, d'infraction pour entrave à la liberté religieuse ou pour persécution religieuse. Le refus d'un statut et la militarisation de la région conduit à une insurrection menée par les Shanti Bahini qui chassent les colons bengalis et mènent des raids contre l’armée.
  • En réaction, des populations tribales sont déplacées, et contraintes à des regroupements dans des villages contrôlés par l'armée. L'immigration massive de Bengalis est favorisée par le gouvernement.
  • La spoliation des terres coutumières s'accélère
  • par la création de camps militaires, de routes stratégiques, de réserves forestières, de barrages,
  • par l'implantation de colons bengalis
  • 1980-1992 le gouvernement  crée des routes stratégiques, des réserves naturelles, des projets de développement utilisés à des fins commerciales au détriment des populations locales.

     En 1997 : un accord de paix est signé accordant

  • une autonomie régionale avec un ministre des affaires tribales issu des tribus
  • un conseil régional à majorité tribale
  • la reconnaissance de l'identité des Jumma
  • le retour des déplacés sur leurs terres
  • le départ de l'armée et des colons bengalis

 

Malheureusement les gouvernements successifs n'ont pas mis en œuvre l'intégralité des termes de l'accord. Il reste des milliers de personnes déplacées. Le problème des terres confisquées aux tribus et occupées par des colons bengalis n'est pas réglé.

Après 20 ans de conflits :

  • les populations tribales sont devenues minoritaires dans leur région
  • de très nombreux villages ont été dépossédés de leurs terres
  • plus de 90 208 familles des tribus déplacées
  • plus de 38 156 familles bangladaises déplacées
  • le niveau de vie des populations tribales est inférieur de 40% à celui de la moyenne nationale

L'ONU, l'UNESCO, les Institutions internationales, et des ONG bangladaises et locales participent aux programmes de réhabilitation mais l'éducation reste un domaine négligé.

1998 - conférence de Rangamati :
les représentants des tribus demandent aux ONG et aux institutions internationales

  • une éducation primaire gratuite
  • des enseignantes parlant la langue tribale parlée par la majorité des élèves
  • des écoles dans les régions les plus défavorisées

Résumé : L'immigration massive des Bengalis dans les CHT en quelques chiffres :
pourcentage des Jumma par rapport à la population des CHT :

  • en 1947 : 91%
  • en 2005 : moins de 50%

 

La situation actuelle : les violences continuent

L’armée reste très présente. Elle favorise l’arrivée de colons bengalis dans cette région difficile, peu peuplée (119 hbts au km2 contre plus de 1000 en plaine) et n'évite pas les flambées de violence entre nouveaux colons et villageois des minorités.

• En 2009, à son arrivée au pouvoir et au lendemain des importantes tensions d'avril 2008, le gouvernement issu de la Ligue Awami a déclaré vouloir régler le problème des CHT. Il a créé un conseil des CHT dans lequel les minorités sont représentées et une commission chargée de régler le problème des spoliations de terres. Mais le conseil est toujours présidé par un ministre des CHT bengali et les travaux de la commission n’avancent guère car la propriété des terres des minorités tribales est collective et n’est donc pas enregistrée dans les archives officielles tandis que les colons bengalis acquièrent des titres de propriété individuels. Un autre sujet de frustration est que les colons bengalis sont considérés comme déplacés à l’égal des minorités et reçoivent une partie non négligeable des terres que redistribue l’Etat.

• 2010 l’administration continue à créer des réserves forestières et à obliger les Jumma à évacuer des centaines d’hectares. En février 2010, 812 familles bangladaises ont reçu des terres dans l’Upazilla de Baghaichhari et ont attaqué les villageois Jumma qui y vivaient. Près de 500 fermes - tribales dans leur très grande majorité - ont été détruites avec l’aide de l’armée (rapport ONU 2011).

• 2011 : la commission chargée de régler les spoliations de terres n’avance pas dans ses travaux et continue à traiter sur le même pied les colons et les Jumma déplacés. La Haute Cour, à la demande de plaignants bengali, a annulé 3 sections de l’Accord de 1997 qui accordaient une priorité sur la terre aux Jumma.

• Les violations des droits de l’homme et les violences continuent. Contrairement à l’Accord de 1997, la présence militaire tend à s’intensifier (un tiers de l’armée est déployé dans les CHT) et s’implique dans les opérations de développement à travers des constructions de routes, de stations touristiques, location à des industriels d'hectares de forêt à exploiter.

Bibliographie : http://en.wikipedia.org/wiki/Chittagong_Hill_Tracts_Conflict : article bien informé
Lars-Anders (2011) Study on the status of implementation of the Chittagong Hill
Tracts Accord of 1997, United Nations – Economic and Social Council, (fichier pdf accessible sur internet).

Information complémentaire sur les Jummas. Lire l'article :

http://theconversation.com/les-jummas-parias-du-bangladesh-97105 

 

 

 

 

 

 

 

Comit de soutien  CK-SAVAR BANGLADESH