Problèmes et défis posés au Bangladesh

Les effets du réchauffement climatique

 

Le réchauffement climatique (souvent rebaptisé « changement climatique », comme pour le minimiser...) est un sujet régulièrement mis sur le devant de la scène, notamment lors de la sortie des rapports du GIEC (Groupe Intergouvernemental d'experts sur l'Evolution du Climat) ou des conférences internationales ou encore depuis le prix Nobel de la paix attribué à Al Gore et au GIEC. Le Bangladesh est régulièrement cité comme l'un des pays les plus exposés aux conséquences néfastes d'un tel événement, le 3ème pays le plus menacé au monde en terme de population, selon les études récentes. La montée des eaux vient encore accentuer fortement les problèmes agricoles, de santé et de migrations que connait ce pays.

 

Les facteurs géographiques, démographiques et humains

La situation géographique et les conditions géo-morphologiques du Bangladesh en font l'un des pays les plus vulnérables au changement climatique, en particulier à l'élévation du niveau de la mer. Le pays a une très faible altitude et est très plat : près de 10 % du territoire est à moins de 1m au-dessus du niveau de la mer, et un tiers est exposé aux débordements de la mer. Bien que le Bangladesh n'occupe que 7 % du bassin versant des fleuves Gange, Brahmapoutre et Meghna, il achemine 92 % du débit total de ces fleuves vers le Golfe du Bengale.

Le Bangladesh a une densité de population de plus de 1000 habitants/km2. Dhaka, la capitale, est la ville dont la croissance démographique est la plus forte d'Asie. Des millions d'habitants y vivent déjà dans près de 5000 bidonvilles (slums) dont beaucoup sont exposés à l'érosion des rives qui ne peut qu'empirer. D'une façon générale, les pauvres seront frappés plus vite et plus fort par les effets du changement climatique : les zones historiquement exposées aux inondations et aux glissements de terrain sont souvent habitées par les plus pauvres qui sont ainsi les plus exposés aux dégâts des vents, des pluies torrentielles et des inondations.

 

Effets sur l'agriculture

Selon les scénarios prospectifs sur le changement climatique, les précipitations pendant la mousson pourraient s'accroître de 11 % en 2030 et 27 % en 2070. Les précipitations déjà faibles en saison sèche pourraient diminuer. Cela entraînerait une réduction du débit des rivières, une pénétration de la salinité à l'intérieur des terres (restreignant le choix des cultures possibles), des difficultés de drainage des terres arables et une limitation de l'irrigation avec encore plus de contraintes économiques pour les paysans pauvres. En outre selon le GIEC (Rapport 2007) "la fonte accélérée des glaciers (de l'Himalaya) risque d'accroître la fréquence et la sévérité des inondations et des glissements de terrains, et de réduire ultérieurement le débit des rivières".

La production de blé et de riz à hauts rendements, notamment le riz boro cultivé en hiver, pourrait ne plus être rentable. L'élévation de la température provoquerait une perte de carbone dans la couche supérieure du sol, ce qui réduirait sa fertilité. Le GIEC évoque des réductions de rendements par rapport au niveaux de 1990 de 2,5 à 10 % en 2020 et de 5 à 30 % en 2050 dans certaines parties de l'Asie.

 

Effets sur le niveau de la mer et la zone côtière

L'élévation du niveau de la mer sur les côtes du Bangladesh pourrait selon certaines prévisions atteindre 88 cm vers 2100. Des zones côtières non protégées par des digues seraient complètement inondées. La zone de mélange entre eau douce et salée remonterait dans les terres, modifiant les conditions de culture et restreignant les ressources en eau douce.
Les zones endiguées seraient plus exposées aux fortes marées et à l'inondation par de l'eau salée. Le recul de la côte accroîtrait la surface de la baie : les cyclones restant plus longtemps sur l'eau acquerraient davantage d'énergie et d'intensité.

Le GIEC ajoute que " l'intrusion d'eau salée pourra favoriser la pêche d'espèces de poissons d'eau saumâtre, mais les inondations côtières seront à même d'affecter sérieusement l'aquaculture et les infrastructures " et que " la menace sur les zones humides et la mangrove s'accentuera ". A cet égard les Sundarbans (partie basse du delta) sont en première ligne, et risquent de perdre de leur biodiversité.

 

Effets sur la santé humaine

Outre les effets sur la santé dus à la modification de salinité de l'eau, l'élévation de la température favorisera les parasites et les agents pathogènes, avec des risques accrus de dengue, de malaria, de diarrhées, de choléra. Les inondations récurrentes mettront à mal les infrastructures sanitaires et d'assainissement.

 

Effets sur le peuplement et les migrations

Lors d'une réunion sur le changement climatique au siège des Nations-Unies en septembre 2007, le chef du gouvernement bangladais, Fakhruddin Ahmed, rappelait qu' " une hausse d'un mètre du niveau de la mer forcerait 25 à 30 millions d'habitants à fuir ". Il y aurait des millions de " réfugiés climatiques ", soit à l'intérieur du pays et d'abord vers les zones urbaines, soit vers l'étranger.  La pression, foncière et politique voire militaire, s'accroîtrait sur les régions de collines, telles les Chittagong Hill Tracts, peu peuplées par des populations autochtones déjà marginalisées.

Dans un article paru dans « Le Monde diplomatique » (avril 2007) sous le titre " Au Bangladesh, les premiers réfugiés climatiques ", Donatien Garnier  écrivait :

" Dans l'hypothèse d'une élévation du niveau de la mer de 27cm en 2050, c'est quelque 26 millions de personnes qui seront exposées à un risque faible et près de 7 millions à un risque moyen, dont 58% dans les districts de khulna, Jhalakati, Barisa et Bagerhat. L'île de Kutubdia, au large de Cox's Bazar, a perdu la moitié de sa superficie en moins de 50 ans et disparaîtra complètement d'ici 2070 ".

" Dacca ne pourra pas - loin s'en faut - absorber cet exode rural massif. Et ce d'autant plus que la capitale risque d'être elle-même sujette à des inondations de grande ampleur comme celles qu'elle a connues en 2004 (et en 2007). Où iront alors les réfugiés bangladais ? Dans les pays voisins ? C'est, si l'on veut éviter les violences, très peu probable. Comme le dit le géographe Maudood Elahi, " migrer vers l'Inde et la Birmanie sera très difficile. L'Inde connaît déjà des problèmes démographiques, et les deux pays seront également très affectés par les changements climatiques ".

D. Garnier  évoque la solution suivante : " Chaque pays (devrait) prendre à sa charge, à savoir transporter et accueillir, un quota de réfugiés climatiques qui serait fonction de ses niveaux d'émission de gaz à effet de serre présents et passés. Une solution qui passe peut-être par l'ouverture du statut de réfugié, tel qu'il est défini par la convention signée à Genève en 1951, à la notion de réfugié climatique. "

Les zones tribales des CHT, perçues comme sous peuplées, constituent une solution attractive pour implanter et reloger les réfugiés climatiques, malgré le faible pourcentage de terres cultivables. En 2000, on estimait que 100 000 Adivasi avaient été forcés de laisser leur place à 400 000 de ces réfugiés climatiques et se retrouvaient ainsi sans terre et risquaient fort de perdre leurs traditions et leur culture.


Que faire à un niveau global ?

La question du réchauffement climatique est sérieusement prise en compte par les autorités et la société bangladaise. En témoigne par exemple la conception et la publication en 2008 d'un Plan d'action sur le changement climatique (Bangladesh Climate change strategy and action plan)  qui rassemble et diffuse des informations sur les initiatives et les projets d'actions pour faire face aux menaces.                               ( http://www.sdnbd.org/moef.pdf )

Au-delà de l'analyse de la situation et de la prospective, on imagine la difficulté des mesures pratiques à mettre en œuvre, tant au niveau des comportements individuels ou collectifs que des travaux de prévention et d'infrastructure. Les difficultés techniques et le coût des opérations à réaliser par exemple pour réguler les flux des eaux, fluviales ou maritimes côtières sont considérables.

La prise de conscience qui commence à se faire devrait faciliter quelques modifications de pratiques dommageables, telles que le comblement des zones humides pour gagner des terrains constructibles ou agricoles, le déboisement et l'exploitation illégale et désordonnée des ressources forestières. Mais le désir (au Bangladesh comme partout dans le monde) et le besoin (au Bangladesh beaucoup plus qu'ailleurs et notamment en Occident) de développer le niveau de vie vont hélas dans le sens d'une " croissance " que l'on sait incompatible avec la sagesse écologique et climatique ...

 

GK et le réchauffement climatique

S'agissant de GK, même si le changement climatique ne semble pas une préoccupation orientant les choix de ses actions, tous ses programmes en cours sur la santé et l'éducation contribuent à rendre les citoyens bangladais qui en sont acteurs et bénéficiaires, et au-delà la société bangladaise dans son ensemble, mieux armés pour faire face aux menaces et aux défis que le réchauffement climatique fait peser sur le pays.

Beaucoup de ses actions passées et présentes ont un lien direct avec les conditions climatiques : ainsi la construction d'abris anti-cycloniques (utilisés aussi comme écoles et centres communautaires) ; les programmes d'aides d'urgence en cas de catastrophes (inondations, cyclones), suivis de programmes de reconstruction.

Enfin, GK a mis en place des programmes de développement intégré dans des zones particulièrement exposées aux effets de dérèglements climatiques : c'est le cas des " chars ", ces îles temporaires apparaissant ou disparaissant au gré des grandes inondations, et de la région des Sundarbans. GK fait aussi la promotion de la fabrication et de l'installation de panneaux solaires, et de fours à combustion améliorée réduisant l'émission de gaz carbonique, ce qui va dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique.

 

 

 

 

 

 

Comit de soutien  CK-SAVAR BANGLADESH