Quelques données nationales :
La constitution est laïque mais la Charia est appliquée pour l’héritage et le mariage
Depuis quelques années le Bangladesh est devenu, en certaines régions du moins, une terre de propagande fondamentaliste. Les situations d'urgence fréquentes, post cycloniques, favorisent cette évolution grâce à l'appui de secours financés par des états du moyen orient (notamment Arabie Saoudite). Ceci entraîne une violente opposition au réformisme du gouvernement en matière des droits de la femme.
Les femmes sont les premières à souffrir de cette situation
elles sont victimes de discrimination au plan social et familial
elles sont victimes de violence au travail et à la maison
l’exigence d’une dot à payer par la famille de la mariée conduit à une discrimination culturelle dès la naissance
Le Bangladesh est selon l’ONU 100e/128 selon le Global Gender Gap Index
Janvier 2008 : le gouvernement intérimaire lance la new National Women’s Development Policy (NWDP)
qui prévoit de
De fait les islamistes radicaux s’opposent à l’égalité des droits en matière d’héritage et avec eux une longue tradition reste encore très prégnante ...
GK, depuis sa création, est à la pointe du combat pour l’amélioration de la condition féminine
En intégrant « l’empowerment » des femmes dans tous ses programmes :
Le témoignage de Shandaya Roy
Shandaya Roy est responsable de Nari Kendra (Centre de formation professionnelle pour les femmes, Women's Vocational Center). Nous avons été très impressionnés par la rencontre de cette femme exceptionnelle, dont la personnalité à la fois très ferme et retenue ainsi que la force de caractère transparaissent dans toutes ses attitudes. Nous avons souhaité rapporter son témoignage
Shandaya Roy
Shandaya était une jeune étudiante au moment de la création de GK, après la guerre de libération et la fondation d'un hôpital de campagne pour soigner les blessés à la frontière indienne. Elle a rejoint GK à Savar. Elle habitait à 2 km du campus, qui à l'époque était constitué de tentes sous les arbres.
Elle a commencé, sans expérience, sans savoir comment développer un projet, à travailler à des programmes en faveur des femmes, en allant de village en village. C'était difficile, il y avait des problèmes avec les fondamentalistes, notamment sur la condition féminine.
Shandaya est actuellement responsable des actions de développement en faveur des femmes. Elle est manager de Gonoshasthaya Foods Ltd, une entreprise qui produit des biscuits, des aliments pour bébés, des produits laitiers (marque Tulip), avec des usines à Savar, Cox's Bazar et Gazipur, employant 240 personnes dont 80 % de femmes. Elle est également directrice de la Women Driving School, de Gundum près de Cox's Bazar.
Shandaya nous a surtout entretenu de la condition féminine au Bangladesh.
La situation des femmes à l'égard du mariage
La polygamie est très largement répandue au Bangladesh, de même que l'abandon des femmes répudiées (un homme peut avoir jusqu'à 9 épouses; avoir 5 ou 6 épouses est fréquent, même si la loi en autorise seulement 4 ). Les mariages sont toujours arrangés par les familles. Après le mariage, la jeune femme coupe habituellement toutes relations avec sa famille.
Les hommes estiment qu'ils ont des droits sur les femmes parce qu'ils les nourrissent. Les femmes sont très exploitées, illettrées, enfermées à la maison, souvent violentées et on justifie ces exactions en disant :" elles iront au paradis ! ". Les femmes, crédules, croient ce discours tenu par les imams.
La pratique la plus contraignante concerne l’attribution de la dot, même pour les familles aisées. Chaque jour il y a au Bangladesh des femmes assassinées à cause d'une dot impayée ou estimée insuffisante. Ces meurtres peuvent avoir lieu par jets d'acide au visage ou par aspersion d'essence qu'on enflamme. Le montant de la dot est fixé avant le mariage mais en fait peut être augmenté sans fin, souvent jusqu'à la ruine du beau-père. (le gendre estime qu'il a besoin d'un poste de télévision, par exemple...)
Cependant les parents ont intérêt à caser leur fille, même et surtout quand ils sont très pauvres; ce sera une bouche de moins à nourrir. On peut marier une fille de 16 ans à un très vieil homme...La 1° épouse " règne ", et souvent brutalement, sur le groupe des épouses.
Les femmes sont largement illettrées. En 1972 on comptait seulement 3% de la population sachant lire et écrire (dont fort peu de femmes). Tout ceci explique qu'au Bangladesh beaucoup de femmes " circulent ". Par exemple, si une femme a des filles, le mari aura tendance à la renvoyer avec ses filles ( trop chères à entretenir et doter), mais quelquefois il pourra garder les fils. L'avortement n'est pas pratiqué au Bangladesh. C'est un interdit traditionnel et renforcé par la religion musulmane.
Les hommes dominent toute la société au Bangladesh. Les plus redoutables, selon Shandaya, sont sans doute les imams qui sont " les plus stupides " et enfoncent le clou de l'oppression des femmes, à l'aide de leur autorité religieuse. Personne ne lit le Coran, dans lequel il n'est pas écrit, par exemple, qu'être battue aide à la sanctification.
A GK, les femmes salariées sont aidées dans leur démarche éventuelle de refus du conjoint que leur famille leur destine, après qu'elles l'aient rencontré. Il y a peu d'influence de l'Islam. Les salariées de GK sont donc tenues d'informer GK des projets de leur mariage. GK se porte alors garant et fait les démarches nécessaires pour que les filles soient libres de leur accord, et pour que le mariage soit conclu selon des droits écrits.
La situation des femmes par rapport au travail
Les femmes ont à leur charge toutes les tâches domestiques, en plus des travaux agricoles ou des soins aux animaux domestiques,... mais elles n'ont pas accès à l'argent. Ce sont les hommes qui, la plupart du temps, vont au marché. Telle est la tradition.
Selon GK la première voie de l'émancipation des femmes est l'accession à un travail salarié. La participation financière des femmes à la vie matérielle de la famille leur assure la reconnaissance d'une responsabilité.
GK a commencé à travailler à l'émancipation des femmes dès 1972, en proposant des Cycles de Formation Professionnelle Féminine d'une durée de 2 à 3 ans.
Dans ce pays où les femmes sont réputées incapables d'apprendre et d'exercer des métiers spécialisés, GK a choisi de leur proposer des formations à des métiers qui sembleraient devoir être strictement réservés aux hommes : la menuiserie, le travail du métal, l'électricité, l'entretien et la gestion des pompes à eau, la plomberie sanitaire, le métier de gardes de sécurité (ex; au campus de Savar), et encore la Driving School, en plus du travail de fabrication des vêtements ou sur les machines de l'usine textile de GK à Shirajganj, etc.
GK choisit toujours des expérimentations exemplaires et inhabituelles, afin d'administrer la preuve bien visible que les femmes sont capables d'exercer tous ces métiers, même si elles ne sont pas éduquées préalablement à la formation dispensée.
Peu à peu GK a été copié par d'autres ONG, et même par le gouvernement, ce qui était exactement le but recherché. Mais souvent le gouvernement met des obstacles à l'obtention nécessaire de la licence pour exercer ce travail. GK doit beaucoup se battre. La première licence de conduite a été octroyée à une " ancienne " de GK en 1985. L'obtention de la première licence en plomberie sanitaire (opérateur de chaudière : boiler operator) à une femme a même fait la une des journaux bangladais (en 1988). Elle a été obtenue après une longue bagarre. GK avait formé des femmes à ce métier. Elles ont passé avec succès l'examen, mais on ne leur a pas donné la licence, sur la base d'une réglementation britannique qui précisait " he " et non " he/she " dans les textes sur les opérateurs de chaudière. Shandaya a fait valoir que les Britanniques étaient partis depuis des dizaines d'années, et qu'il fallait changer le règlement. Elle a demandé une notification écrite et motivée du refus d'accorder la licence. Un journal indien a écrit qu'au Bangladesh une femme peut être premier ministre, mais pas opérateur de chaudière ... Finalement la licence a été accordée.
L'Ecole de Conduite est un autre exemple du choix fait par GK de métiers exemplaires et visibles, à la fois, en vue de l'émancipation des femmes. Cette école est installée dans la région où le fondamentalisme est le plus influent : la région de Cox's Bazar. Shandaya y a été présente pendant onze ans. Les stagiaires viennent pour la plupart des Bandarban ; relativement peu sont originaires de Cox's Bazar à cause des obstacles dus à l'influence des fondamentalistes. Il n'a pas été facile de motiver ces jeunes filles. On disait que GK était contre la culture des villages, contre l'Islam ... Les fondamentalistes sont intervenus en faisant des menaces. Shandaya rapporte un incident où un homme avait giflé une conductrice. Après un affrontement et un blocage de la route, elle a exigé, soutenue par une partie des spectateurs, que cet homme fasse ses excuses à la jeune conductrice. Maintenant l'Ecole de conduite est acceptée.
Mais ...les jeunes diplômées ne peuvent travailler comme chauffeur de taxi ou de bus : elles seraient en danger. Elles ne trouvent actuellement de travail qu'auprès des ONG favorables à l'émancipation des femmes.
