Les valeurs de GK

    C'est l'intuition originale du Dr Zafrullah Chowdhury qui continue à définir les priorités de GK, à présider aux choix préférentiels de leurs activités, et sans doute aussi à leur " politique des ressources humaines ". En ce sens la fidélité aux intuitions fondatrices apparaît constituer fortement l'ossature, l'unité de toute la maison GK, ... par delà l'impression d'éparpillement ressentie parfois quand on approfondit la découverte des multiples activités de cette grosse ONG.

     

    Le choix des plus pauvres

     

    Les responsables de GK ne cessent de dire que le progrès en matière de développement, tel qu'il se dessine actuellement, se fait... en laissant au bord du chemin les plus démunis. Il s'agit pour eux donc de se soucier en priorité de ces " oubliés ", et les plus oubliés au Bangladesh ce sont les femmes.

    Nous citons quelques exemples significatifs de la mise en pratique par GK de ses valeurs :

    • le programme des Chars s'adressant à des populations très délaissées par la plupart des ONG
    • Les programmes de « food security » et de « seasonal loan » (prêt saisonnier), qui permettent de faire la  "soudure" pendant les périodes sans récoltes...
    • Le programme d'assurance médicale appliqué dans tous les centres de santé de GK, selon le principe d'une participation tenant compte des revenus de la famille...en particulier un programme spécifique concernant les conducteurs de rickshaws.

    GK s'inscrit à chaque fois dans un espace neuf, inexploré : la Women Driving School (Ecole de conduite pour les femmes) en est un bon exemple.

     

    L'accès au développement appuyé sur deux leviers

     

    L'émancipation et la promotion des femmes

    La situation des femmes est vraiment dramatique au Bangladesh. A elles, sont dévolues les tâches les plus dures et les plus ingrates ; mais à elles, sont refusés les droits élémentaires aux soins, à l'éducation, à la gestion de la rémunération qu'elles touchent éventuellement, à leur liberté d'exercice en général. GK a dès le début compris que le développement du pays ne se ferait pas sans la participation des femmes, ce qui suppose leur accession à plus de liberté. GK a donc choisi de leur permettre d'accéder d'abord à la maîtrise et l'exercice d'un métier. GK s'adresse en priorité à des jeunes filles de milieu pauvre.

    Quelques exemples :

    L'invention et le développement des paramédics, l'ouverture des écoles du programme Gonopatshala (éducation pour les plus pauvres) toutes encadrées par des institutrices. Le public scolaire est composé d’au moins 50% de filles.

    Par l'acquisition de leur autonomie professionnelle, par celui de leur formation aux soins des enfants et à l'hygiène de base, par leur éducation scolaire, par leur responsabilisation dans les villages, les femmes sont désignées par GK comme les meilleures agents du développement (responsables de l'entretien des puits avec filtres contre l'arsenic, présidentes de SMC ou Conseils d'écoles,...). Les conducteurs des motoculteurs dans les Sundarbans sont des conductrices et sans burqa, dans cette région travaillée par les fondamentalistes.

    Ce choix de GK s'inscrit dans le contexte d'un environnement local particulièrement hostile à cette autonomisation des femmes. On a souvent l'impression que le système des relations sociales ainsi que celui de quasiment toutes les figures du pouvoir au Bangladesh est tout entier construit sur cette domination et cette négation souvent violente des droits et de la voix des femmes.

     

    Le choix d'un développement intégré communautaire ...

    Ce développement intégré communautaire est toujours mené dans le souci de l'exemplarité. GK veut continuer à être un pionnier dans les actions de développement, à agir de manière quasi-"prophétique ", sans viser prioritairement la réussite financière ni même la rentabilité.
    Les  écoles du programme de Gonopatshala sont toutes accompagnées par des visites de paramédics, et les institutrices sont chargées d'avoir un contact régulier avec les familles dans les villages. Le programme scolaire comporte une partie de formation à l'hygiène, à la santé...
    L'organisation des actions de micro-crédits accordés par la Banque Cooperative  de GK : GK entoure son activité de micro-crédit du souci d'une connaissance et d'un accompagnement personnalisés de ses emprunteurs par la présence active de travailleurs sociaux.
    Dans les Chars la présence dans les Centres Intégrés d'une école de GK s'accompagne toujours de visites de paramédics, mais aussi du Seasonal Loan (prêt saisonnier qui permet aux paysans de "faire la soudure" pendant la Monga) qui est toujours organisé de manière collective (groupe de 12) avec réunions hebdomadaires en soutien à la bonne gestion des prêts, et également de la sollicitation des femmes des villages pour qu'elles expriment leurs propres besoins en matière d'encadrement des soins et de la santé primaire. 

    ... par le respect et la mise en valeur des particularismes culturels des communautés approchées par GK.

    La volonté de respecter les modes de vie des communautés est un élément déterminant de la philosophie de GK en matière de développement. Il ne faut pas entraîner ces communautés dans des modes de développement selon des standards plus modernes voire occidentaux au prix de les priver d'une prise en charge par eux-mêmes de ce développement.

    Ce choix très volontariste du Dr Zafrullah Chowdhury fait écho, nous semble-t-il, au choix maintenu depuis le début et farouchement défendu que GK soit une ONG purement bangladaise qui " choisit ses donateurs " et n'admet pas que des étrangers s'immiscent dans ses décisions ni dans ses méthodes de travail. Cet ensemble de traits est à rattacher sans nul doute aux origines mêmes de l'histoire de GK : association née des freedom-fighters de 1971, toute entière au service du redressement de cette jeune nation libérée, farouchement sourcilleuse de l'autonomie à conquérir et à développer.

    On comprend mieux alors certains aspects, assez déroutants, de la gestion des ressources humaines à GK. Le choix du Dr Zafrullah Chowdhury de maintenir des salaires modiques et des modes de vie rustiques s'explique par la volonté, imposée encore aujourd'hui, aux employés de GK d'un mode de vie le plus proche possible de celui des communautés aidées ; de même que sa volonté de " faire monter du rang " ceux qui sont ou deviendront les managers de GK.

    Les membres des centres de GK en province mènent une vie communautaire de type familial: repas pris en commun, préparés par eux-mêmes dans une fort modeste cuisine traditionnelle.
    GK demande à ses salariés d'être des militants.

    Finalement :

    GK fait toujours le choix de l'inventivité pionnière et de l'exemplarité...en privilégiant l' émancipation des femmes, sans avoir comme souci premier la pérennité de chaque action. On pourrait dire, en parodiant un autre texte, que le souci de GK est d'être " le levain dans la pâte " … Le passé de plus de 40 ans de GK a souvent donné raison à cette attitude délibérée du Dr.Zafrullah : le gouvernement ou d'autres grandes ONG ont pris le relai de certaines de ses intuitions, se sont saisis du modèle de développement qu'il proposait au travers d'actions pionnières précises, et leur ont donné forme durablement.

    On touche là sans doute au génie propre du Dr Zafrullah Chowdhury dont il faut saluer la fidélité sans faille à ses intuitions d'origine.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Comit de soutien  CK-SAVAR BANGLADESH