Les actions de GK

Le micro-crédit et les prêts saisonniers

 

La grande  épopée de la Grameen Bank au Bangladesh a établi partout dans le monde l'image du micro-crédit comme solution aux problèmes de développement des pays du Sud. GK, à l'oeuvre auprès des plus pauvres en milieu agricole, y substitue la notion de prêt saisonnier "seasonal loan", seul dispositif à même de répondre aux besoins spécifiques des paysans les plus pauvres.

Un bref rappel sur le Micro-crédit

Mohamed Yunus, professeur d'économie et prix Nobel, fut frappé du fait que les pauvres étaient  systématiquement exclus du recours au crédit bancaire, faute d'apporter des garanties classiques de remboursement et de demander des prêts de taille suffisante pour intéresser une banque. Ils étaient ainsi renvoyés aux « usuriers » de leur village dont les conditions sont habituellement abusives : durée courte, documents de créance minimum et arbitraires, taux prohibitifs atteignant 100 à 240 % l'an (Source : CGAP/WorldBank).

C'est ainsi que le Pr Yunus inventa le micro-crédit qui  se caractérise aujourd'hui par cinq points essentiels :

  • assiette réduite : équivalent de 20 à 200 euros.
  • durée courte : 6 à 18 mois.
  • remboursements journaliers ou hebdomadaires de l'emprunt auprès d'un visiteur du groupe, souvent aussi soutien méthodologique aux micro-emprunteurs.
  • garantie collective assurée par le groupe constitué d'une quinzaine d'emprunteurs. Cette garantie varie d'une pressante solidarité sociale du groupe jusqu'au remboursement par le collectif en cas de défaillance.
  • taux annuel ramené à une fourchette 20 à 35%.

Ce type de crédit est bien adapté à la création d'artisanats ou de petites boutiques ou restauration de rues qui génèrent très vite des recettes permettant de rembourser le prêt dès la première semaine. En milieu rural, le cycle des saisons ne permet pas d'y recourir, le paysan devant attendre sa récolte ou la vente de son cheptel pour disposer des sommes à rembourser.

GK et le Micro-Crédit

 GK distribue ce type de crédit en zone urbaine et péri-urbaine pour des activités artisanales, petits métiers du tissage ou de la broderie, colportage de saris, petits vendeurs de colifichets, d'épicerie ou de fruits et légumes. Ces interventions sont toujours accompagnées par un travailleur social qui valide le projet, accompagne sa mise en oeuvre et, dès son remboursement, permet ou non un nouveau cycle d'emprunt, si nécessaire sur un budget croissant passant ainsi de 20 euros à 30, puis 50, voire plus, à mesure que l'emprunteur démontre sa maîtrise de l'outil. Il n'est pas rare que leur maîtrise comme leurs besoins croissants conduisent ces petits entrepreneurs après plusieurs cycles à s'adresser à une banque normale pour des prêts plus importants.

Soulignons ici l'importance déterminante du suivi régulier des emprunteurs par le travailleur social. C'est un point central de l'approche de GK qui marque le caractère distinctif de la relation emprunteur/prêteur de GK, en cohérence étroite avec son projet social.

Le Crédit saisonnier (Seasonal loan) de GK 

En milieu rural pauvre, GK développe le concept de "Seasonal Loan", prêt saisonnier, adapté aux cycles des cultures. Initié dès les années 80 et prolongé dans le programme "sécurité alimentaire" des CHT, sous forme de prêt saisonnier consenti et remboursé, intérêts compris, en nature (riz), une nouvelle ébauche de ce crédit par GK a vu le jour dans les Chars en 2005. Le Comité Français s'est alors engagé pour en permettre l'extension à l'échelle de 10 villages. Les résultats ont vite permis à GK, avec des taux de recouvrement supérieurs à 96%, d'intéresser enfin la puissante fondation Bangladaise PKSF à soutenir de ses fonds ces interventions en milieu rural.

Le principe en est un prêt à 5 ou 8 mois dont le remboursement complet (intérêts et capital) se fait en une fois en fin de période, avec l'argent de la vente de la récolte ou des animaux. Montant du prêt, durée, taux sont proches de ceux du micro-crédit, et la mise en oeuvre se fait le plus souvent dans le cadre de la constitution d’un groupe de familles, réuni chaque semaine par un travailleur social référent, avec tenue de livrets d'épargne individuels et débouchant  sur des prêts individuels mis en place sous le regard du groupe. Les travailleurs sociaux de GK insistent pour que ce soit les femmes qui aient la responsabilité de la gestion financière du prêt.

Ces prêts couvrent des achats de semences ou d'engrais, de temps d'irrigation par une pompe, de petits bétails, pour améliorer les revenus des familles et compléter leur alimentation souvent précaire par des cultures intermédiaires ou de meilleur rendement : riz aman tardif, chilli, Thakri, Kalai, maïs, lentilles et autres légumineuses. 

Résultats 

Après le succès de la première phase soutenue par le Comité à hauteur de 35 000 euros (porté récemment à 53 000 €) qui continuent à « tourner » au service des familles très pauvres des villages (en priorité, femmes seules avec enfants), PKSF décidait en 2007 d'y consacrer une enveloppe de 200 000 euros dont la moitié à la disposition de GK. En 2013, c'est un total de 700 000 euros qui est ainsi consacré à plus de 10 000 familles très pauvres, établies sur 68 chars, soit 16 districts et 29 "unions". Ainsi, par exemple, le Comité a financé le projet agricole du char Ekdelkuria dans le district de Kurigram, ainsi que son centre intégré (école et centre médical). 250 familles ont été partie prenante de ce projet, et des groupes de formation et de discussion ont été mis en place. Au total, 321000 takas ont été distribués à 10 groupes de fermiers pour la culture du maïs et du riz "paddy", puis pour la culture du jute.

C'est ainsi que plus de 10 000 familles très pauvres (au Bangladesh : segment "ultra poor") des Chars bénéficient de ce levier de développement, accompagné de formations et de conseils, qui a permis d'améliorer les revenus de ces familles, leur santé et surtout la scolarisation des enfants. (GK fait, en effet, de l'engagement de la famille à scolariser ses enfants, la première condition pour l'obtention du prêt).

Pour être complet, il faut souligner ici le caractère novateur et solidaire du Seasonal Loan de GK : ce type de prêt fait porter au prêteur un risque croissant chaque jour, durant tout la durée du prêt, puisque ni le capital, ni les intérêts qui s'accumulent ne sont payés avant le dénouement, soit après 5 à 8 mois de prêt. Il constitue un vrai engagement solidaire auprès des ultra-pauvres à deux niveaux :

  • le taux d'intérêt moyen de 10% pour 6 mois reste l'un des plus faibles du marché, bien en deçà du nouveau plafond légal de 35% l'an.
  • en cas d'impossibilité de rembourser à l'échéance pour mauvaise récolte ou force majeure, GK prolonge le prêt aux mêmes conditions, supportant les frais intermédiaires.

Ainsi en 2012, alors que la mousson a généré trois vagues successives d'inondations en deux mois, les paysans ont vu nombre de leurs récoltes détruites malgré les efforts de replantation. Le taux de remboursement habituel de 97% des emprunteurs a chuté cette année-là de 10 points soit 87% seulement, obligeant GK à prendre en charge plus de 70 000 euros supplémentaires non encore remboursés dans les délais. On mesure bien par là l'engagement indéfectible de GK aux côtés des plus pauvres, et l'on ne peut que souhaiter un retour rapide à l'équilibre de ces centaines de familles confrontées à une telle épreuve.

Suite aux inondations catastrophiques de 2016, GK doit faire face à un problème de non-remboursement des prêts saisonniers. Les agriculteurs ayant perdu récoltes, bétail et moyens de subsistance ne peuvent rembourser les prêts accordés. De plus, nombre d’entre eux migrent vers les grandes villes et disparaissent ainsi aux yeux de GK.

Lors de leur visite en décembre 2016, deux membres du Comité Français de Soutien ont pu se rendre compte de la situation particulièrement difficile sur le Char Zhanzaïr (district de Gaibandha) où l’activité « prêt saisonnier » a dû être interrompue en raison des sommes importantes non récupérées, tandis qu’à Kolakata (district de Kurigram), l’activité fonctionne toujours avec succès. Les montants des prêts accordés aux femmes varient de 10 000 à 20 000 TK, soit 100 à 250€ et permettent l’installation d’un petit commerce ou bien l’achat de bétail, de matériel agricole, de matériau et d’outils pour tisser des nattes et cloisons en bambous (avec 200TK de bambous, une femme peut réaliser, en une journée, une cloison qui sera vendue 500TK …par son mari).

L'équipe de GK en charge des prêts saisonniers dans les Chars est constituée de cinq personnes.

Comit de soutien  CK-SAVAR BANGLADESH