Les actions de GK

Le défi de l'eau

 

L’eau est partout

Le Bangladesh est traversé par deux grands fleuves, le Gange (Padma) et le Brahmapoutre (Jamuna) ; c'est un pays de mousson où paradoxalement les problèmes liés à l'eau sont aigus : inondations souvent catastrophiques, aggravées par les cyclones, approvisionnement difficile en saison sèche, mauvaise qualité bactériologique des eaux de surface, insuffisance des réseaux de distribution et d'assainissement en milieu urbain, etc. En outre depuis une vingtaine d'années, un nouveau problème est apparu : la contamination de nombreux puits par l'arsenic.

Le problème de l'arsenic au Bangladesh

C'est en voulant protéger la population des maladies d'origine hydriques graves, en particulier les diarrhées, causées par l'utilisation des eaux des rivières et des étangs, que l'UNICEF a fait forer à partir de 1972, plus de 3 millions de puits tubés avec pompe à main. Le gouvernement et les particuliers ont de leur côté, installé 5 ou 6 millions d'autres pompes à main. On s'est cependant rendu compte, à partir de 1988 en Inde et un peu plus tard au Bangladesh, que l'eau de beaucoup de ces puits tubés, contenait des taux d'arsenic pouvant atteindre 0,50 mg/litre et plus, donc bien supérieurs au taux maximum admissible de 0,01 mg/litre recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et même au taux de 0,05 mg/l, limite acceptée par les autorités sanitaires du Bangladesh. L'origine de cette contamination a fait l'objet de diverses hypothèses, mais il est désormais admis, qu'elle est liée à la présence d'arsenic dans certaines couches géologiques d'alluvions provenant des massifs himalayens et alimentant les nappes profondes (jusqu'à 150 m) exploitées par les puits tubés.

Selon diverses sources, près de la moitié de la population serait approvisionnée par de l'eau contaminée, à des taux plus ou moins élevés, dans la majorité des 64 districts du pays, surtout au sud et à l'est du Gange. Selon l'OMS, le nombre de personnes souffrant de lésions de la peau liées à la consommation d'eau contaminée est estimé à 1,5 million. Des milliers d'autres personnes ont été atteintes par d'autres maladies (gangrènes, cancers - poumon, vessie) apparaissant après des expositions prolongées, et en seraient mortes. 

Le Comité Français de Soutien (CFS) s'est dès 2002, montré attentif au problème de la contamination de l'eau par l'arsenic. Lors d'une visite sur place en novembre 2003, des membres du CFS ont constaté la gravité de la situation, en rencontrant en particulier des malades, dont le pronostic vital était en jeu, et la vie quotidienne tragiquement bouleversée. La décision a alors été prise par GK de lancer un programme spécifique, avec le soutien financier du CFS.

Premier programme : puits ouverts (dug wells), 2004

La solution retenue, a été le creusement de puits ouverts (dug wells), peu profonds (moins de 20 m), alimentés par des nappes phréatiques superficielles non contaminées par l'arsenic, dans deux zones d'intervention où sont implantés des centres de santé avec du personnel de GK. L'emplacement des puits à creuser, a été déterminé en fonction de la contamination des puits proches, de la situation la plus favorable pour l'accessibilité par les familles, garantie par les propriétaires des lieux où les puits sont creusés.

Entre avril 2004 et octobre 2005, 34 puits ont été réalisés : 25 près du centre GK de Kashinathpur (district de Pabna) et 9 près d'un autre centre GK à Shibganj (district de Nawabganj, près de la frontière indienne).
Le projet initial était établi sur la base d'un coût de réalisation de 40 000 takas (environ 570 euros en 2004) par puits. Ces prévisions budgétaires ont été respectées : la contribution du CFS s'est élevée globalement à 22 070 euros, soit (compte tenu des variations de change entre 2004 et 2006) 548 euros pour la réalisation de chaque puits, et 49 euros pour les coûts additionnels (supervision par des agents de GK, réunions de sensibilisation et de formation, analyses de contrôle), non compris les frais d'entretien pris en charge par les bénéficiaires.
A l'occasion de la visite de membres du CFS en novembre 2006, un premier bilan de ce programme a pu être fait. Bilan mitigé : on ne peut parler, ni d'une réussite totale - seuls deux tiers des puits auraient de l'eau toute l'année, et leur mode de fonctionnement ne respecte pas toujours les règles prévues initialement - ni d'un échec total, le nombre de familles qui ont accès par ces puits à de l'eau sans arsenic au moins la majeure partie de l'année dépassant 2 740, soit plus de 10 000 personnes.

Les renseignements les plus récents confirment certaines difficultés à maintenir un bon état d'entretien des installations. Les causes recoupent sans doute l'analyse des responsables de GK, qui considèrent que le programme des puits ouverts ne doit pas être étendu, et que les actions en matière de distribution d'eau sans arsenic doivent prendre d'autres formes. Le fait que beaucoup de puits sont exposés au tarissement, est un facteur de découragement qui diminue l'adhésion au programme. En outre creuser et utiliser des puits de surface est considéré comme un " retour au passé ", les puits tubés ayant été présentés depuis longtemps comme un progrès notamment pour la sécurité sanitaire et leur facilité d'emploi.

Deuxième programme : filtres collectifs et domestiques, 2007

Ce nouveau programme porte sur la réduction de l'arsenic dans l'eau à des niveaux inoffensifs par la mise en œuvre de filtres, collectifs ou individuels. Ces solutions ne sont pas inédites ; elles ont déjà été mises en œuvre au Bangladesh même, par des initiatives locales et avec des procédés et matériaux locaux.

Le programme présenté par GK que le CFS a décidé de prendre en charge en 2007, comprend trois opérations différentes :

  • la mise en place de 5 filtres pour éliminer l'arsenic, installés en tête des puits tubés existants, contaminés par l'arsenic, pour desservir chacun une population de 50 à 100 familles, 
  • la mise en place de 10 filtres pour éliminer l'arsenic, installés au niveau d'une famille,
  • la mise en place de 5 filtres pour de l'eau de retenues (a priori sans arsenic mais pouvant être polluée et trouble, avec une qualité microbiologique la rendant non potable sans risques infectieux) pour alimenter des villages de populations tribales dans les Chittagong Hill Tracts (CHT).

Le coût du programme de filtres a été estimé globalement à 407 500 takas (environ 4 500 euros fin 2006), à raison de 24 500 takas par filtre pour puits tubé, 2 250 takas par filtre individuel par famille et 14500 takas par filtre pour retenue, le solde correspondant aux frais de mise en place (déplacement, transports, analyses, etc.).

Bien que les inondations et le cyclone aient ralenti la mise en place de filtres en 2007, une délégation du CFS a pu, début 2008, voir en usine à Savar le prototype de filtre collectif ainsi qu'un filtre, installé au Sous Centre de santé GK de Barobaria qui fonctionne de façon satisfaisante. Les premiers filtres familiaux sont distribués, leur entretien semblant le point critique pour leur efficacité. Quant aux filtres destinés aux CHT, deux étaient déjà fabriqués mais pas encore livrés en raison des circonstances.

A noter que le Syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable de la région de Coutures (Maine-et-Loire), sollicité par un membre du bureau du CFS, a accordé à ce programme, un soutien de 2 500 euros dans le cadre de la loi Oudin-Santini, qui permet aux collectivités territoriales et aux agences de l'eau, de financer des actions de solidarité internationale, dans la limite de 1% de leurs ressources.

Troisième programme : un réservoir pour un réseau de distribution d'eau, 2008-2010

Un projet plus ambitieux et qui représente aux yeux du Dr. Zafrullah Chowdury la solution d'avenir a été réalisé par GK à titre expérimental à Saturia, en collaboration avec des ONG locales et l'aide de la Banque mondiale : un réseau de distribution d'eau par tuyaux en PVC mis en place à partir d'un puits tubé creusé à une profondeur correspondant à des nappes phréatiques sans arsenic.

Saturia est une localité située dans le district de Manikganj, à 50 km au nord-ouest de la capitale du Bangladesh, Dhaka, et à 30 km de Savar, siège de GK. Une enquête socio-économique a été faite pendant la phase d'étude, sur la population à desservir. C'est une population travaillant à plus de 70 % dans l'artisanat, le petit commerce et les services, et disposant de moins de 2 euros par jour.

Le réseau, dont la réalisation a débuté en 2007, est prévu pour desservir 1 000 foyers et une quarantaine d'établissements (écoles, bureaux, lieux de culte...). Faute de crédits suffisants, le réservoir de stockage prévu n'avait pas pu être réalisé dès l'origine, et le réseau était alimenté directement par la pompe d'exhaure. La pompe ne marchant que quelques heures par jour, la pression dans les tuyaux variait, ce qui peut accélérer la dégradation des tuyaux, et obligeait à rejeter une partie de l'eau à la sortie de la pompe d'où un gâchis en termes d'énergie et de ressource. Les habitants  souhaitaient donc la construction d'un réservoir pour pallier ces inconvénients.

Le projet présenté par GK a paru bien étudié et réaliste au CFS, qui a donc décidé de financer sa construction, courant 2008, pour un montant de 25 000 euros. Comme pour le programme des filtres, un co-financement a été obtenu auprès des collectivités territoriales (Région Ile-de-France et Syndicat intercommunal d'alimentation en eau potable de la région de Coutures dans le cadre de la loi Oudin-Santini).

Le réservoir a été inauguré en décembre 2009,  en présence des participants à la mission du Comité Français.

Le projet initial comportait un réservoir en béton armé de 136msoutenu par des piliers en béton. Pour des raisons notamment de coût, il a été substitué par un ensemble de 9 réservoirs en plastique alimentaire de 10m3, sur une plate forme soutenue par une structure métallique. Cette modification ne porte pas atteinte à la viabilité de l'installation. Mais l'extension du réseau initial restait à compléter en 2013 : le nombre de foyers raccordés ne permettait pas encore à cette date de couvrir les frais du personnel, payé par le comité des usagers, et du fonctionnement (électricité pour la pompe, entretien).GK continue à soutenir le comité d'usagers afin d'étudier les mesures qui s'imposent pour étendre le réseau et mettre en œuvre une gestion durable de l'ensemble des installations. Le CFS a complété sa contribution initiale pour  aider GK dans cette tâche.

Quatrième programme : des filtres à sable (PSF) dans les Sundarbans 

La précarité de la population rurale des Sundarbans (la partie du Bangladesh qui borde la baie du Bengale) est accrue par les conditions naturelles (effets des tempêtes et cyclones, élévation du niveau de la mer) et par la faiblesse des infrastructures (transport, santé). L'accès à l'eau potable est un vrai problème. Les nappes phréatiques superficielles sont fréquemment saumâtres et les nappes profondes parfois contaminées par l'arsenic. L'eau des ponds (mares pérennes, non asséchées pendant la saison sèche) proches des habitations est donc la principale ressource en eau douce. Mais les risques de maladies infectieuses transmises par l'eau sont élevés. Aussi, GK a initié en 2012 des installations de filtres à sable (Pond Sand Filters, PSF) dans les zones où il intervient depuis le cyclone SIDR en 2007.

L'objectif est de permettre aux populations concernées de devenir, avec GK, co-responsables de l'accès à l'eau, en participant à la réalisation matérielle et à l'entretien des filtres à sable, en gérant, avec l'appui des coopératives, la distribution de cette eau aux familles, afin de contribuer à l'amélioration de la santé des enfants et adultes et de libérer les femmes de "corvée d'eau". L'eau purifiée est potable, sans risque infectieux si le filtre est bien entretenu : le sable doit être nettoyé ou renouvelé régulièrement (un à deux mois). La taille du dispositif est adaptée à celle de la population desservie, 40 foyers par PSF dans le projet de GK, soit quelque 200 personnes pour chaque filtre. Pour l'ensemble du programme 2012-2016, la population ainsi desservie atteint 26 000 personnes.

GK a ainsi implanté 50 PSF remis aux communautés organisées en coopératives. La collecte des redevances mensuelles dues par l'usager (50 BDT par famille) fonctionne et couvre à ce jour l'entretien régulier des équipements ouverts que supervisent les équipes de GK. C'est un facteur essentiel de la durabilité du programme. L'entretien peut facilement être assuré par des usagers que GK forme à cet effet. Des initiatives annexes en matière de protection de la ressource et d'assainissement sont proposées et développées (compostage, latrines, etc).

 

Comit de soutien  CK-SAVAR BANGLADESH