Les actions de GK

L'amélioration des méthodes d'agriculture

 

Les paysans du Bangladesh, dans leur grande majorité, cultivent encore leurs terres selon des méthodes très traditionnelles . Avec l’appui de techniciens en agronomie, GK propose, en particulier dans les Sundarbans, diverses méthodes d’amélioration de l’agriculture (organisation de coopératives, développement de cultures maraîchères) et contribue ainsi à la formation des paysans, à la prise de responsabilité des femmes et à l’amélioration de la santé .

 

Les actions exemplaires des pionniers de GK Savar

Dans les années 70/80, le personnel de GK, cadres et employés vivant sur le campus, participait chaque matin à une heure d'activité agricole, celle-ci faisant partie intégrante de la journée de travail. L'objectif était triple : permettre à tous les employés de se retrouver dans un travail commun, partager les difficultés quotidiennes des paysans de la région que les paramédics retrouvent dans leur tournée dans les villages, et produire du riz et des légumes afin de tendre vers une certaine autosuffisance alimentaire. Cette règle des "pionniers" subsiste même si elle a été peu à peu assouplie, par exemple pour les médecins, car il devenait trop difficile de les recruter en les obligeant à ce travail matinal.

La reforestation : la dégradation des ressources forestières par l'activité humaine, en particulier le bois de chauffe ou de construction, est une des causes des catastrophes naturelles au Bangladesh, telles que sécheresse, inondation, et érosion des sols. Après le terrible cyclone de 1991 dans la région de Cox's Bazar, GK a décidé de s'attaquer à ce problème en mettant en place un programme de reforestation de la zone côtière. Ce programme auquel écoles et villages ont participé, a permis la plantation de centaines de milliers d'arbres. Une dizaine de pépinières ont alors été créées pour fournir des plants et sont entretenues par des femmes.

 

Les programmes actuels de GK dans le domaine de l'agriculture 

Actuellement  les actions de GK pour améliorer les productions agricoles concernent deux régions distinctes :

dans les Chars, l'amélioration de la production et de l'économie agricole fait partie du programme de développement intégré mis en place par GK (et soutenu par le Comité français) : cela passe par l'organisation de coopératives, des prêts saisonniers (« seasonal loan »), des conseils pour le choix des semences et des techniques culturales, etc.

dans les Sundarbans, le programme de GK Krishi Samabay (soutenu par le Comité français) se propose, selon les propres termes de GK, de promouvoir « une agriculture intégrée pour assurer de manière durable la sécurité alimentaire, la santé et la bonne nutrition ».

 

Les débuts des actions dans les Sundarbans

C'est  à la suite des inondations de l'été 2007 et du cyclone SIDR que GK a décidé de faire porter ses efforts sur de nouvelles méthodes d'agriculture : 

Le Dr. Zafrullah Chowdhury s'est rendu très tôt dans les zones inondées, pour réfléchir à un programme permettant, au-delà de l'urgence, de redonner aux paysans ruinés les moyens de remettre en état leurs champs. Le but de GK  n'était pas tant de les aider à produire à nouveau, que de les aider à produire mieux et plus et surtout d'impliquer les femmes, de façon à contribuer à leur "empowerment". GK a alors mis en route un plan ne se limitant pas à la remise en état des villages et des champs, mais proposant sur 1000 hectares à des fermiers et des paysans sans terre un audacieux plan coopératif de développement.

Dans ces régions méridionales, on ne fait traditionnellement qu'une récolte par an de riz Aus ou Aman, qui est planté durant la saison des pluies, et qui ne nécessite pas une irrigation mécanisée. Durant les huit ou neuf mois suivants, la terre reste en jachère. GK a donc proposé de mener un nouveau programme agricole pour 3 récoltes par an : tout d'abord, introduire une culture de légumineuses, pour apporter de l'azote aux terres de culture ; ensuite, utiliser des motoculteurs, puisque le bétail de traction avait été noyé lors du cyclone ; enfin, planter, à la suite des légumineuses, du riz Aman afin d'avoir une troisième récolte dans l'année.

GK a proposé de fournir les semences, les motoculteurs, et les conducteurs des motoculteurs : en fait des conductrices. Cent jeunes femmes employées au centre de Savar et institutrices des écoles de GK, rapidement formées, vêtues de shalwar kamiz identiques - en uniforme - et non voilées, sont venues conduire par demi-journées  les cinquante motoculteurs, et procurer en deux mois et demi une récolte de légumineuses et un revenu inespéré aux paysans. Les paysans locaux avaient à leur charge de loger et nourrir les jeunes femmes, ainsi que de payer (une fois la récolte vendue) les semences et l'essence des motoculteurs.

Cette initiative a fait grand bruit dans la région, attirant la presse locale et même l'attention du gouvernement, qui a fourni de son côté, des pompes très puissantes pour l'irrigation, louées à un tarif très bas, ainsi que celle de l'ONG Christian Aid, qui a fourni des pompes plus légères. L'arrivée de ces femmes non voilées, détentrices d'un savoir technique que n'avaient pas les hommes, a fait sensation dans cette région très traditionaliste où les femmes restent à la maison. En effet les burqas avaient fait une (ré-?)apparition massive, apportées dans les paquets de secours distribués par les associations musulmanes traditionalistes. L'exemple donné par les jeunes femmes de Savar a porté ses fruits et des jeunes filles de la région ont été  formées à Savar à la conduite des motoculteurs.

GK avait mis plusieurs conditions à son aide :

Tout d'abord, la constitution de coopératives réunissant les sans-terre et les propriétaires des terres, mais pour une partie seulement des terres de ces derniers, et dans un système analogue au métayage de chez nous ; la participation des femmes aux travaux de labour mécanisés, l'envoi des enfants dans les écoles où ils trouveront (dans les écoles de GK en tout cas) des soins d'hygiène de base et un droit au suivi médical de leurs familles par les paramédics  ; l'interdiction de fumer sur les terres des coopératives et à moins d'un km de celles-ci. Cette dernière prescription vise à faire réduire les effets de la tabagie passive qui entraîne en particulier un sous-développement des bébés durant la grossesse.

Ce premier succès a conduit  l'Agence gouvernementale de soutien au micro-crédit (PKSF) à prêter à taux très bas à GK, des sommes importantes qu'à son tour GK a réparti en prêts aux paysans, GK étant garant des remboursements à l'Agence.

 

Depuis 2011 : le programme  Krishi Samabay

 Le programme actuel, nommé Gonoshasthaya Krishi Samabay (Coopératives agricoles GK) est un prolongement et une extension de l'opération lancée en 2007 à la suite du cyclone SIDR dans les zones où GK était intervenu en urgence. Dans ces zones, GK avait mis l'accent sur la constitution de coopératives permettant aux paysans pauvres d'accéder à la diversification des cultures complémentaires, à la mécanisation des travaux agricoles et au recours à l'irrigation.
Le programme Krishi Samabay se déroule dans les Upazilas de Mathbaria (district de Pirojpur), de Patharghata, Amtali, Taltali (district de Barguna), de Sharankhola (district de Bagerhat), de Galachipa (district de Patuakhali).

Ses objectifs reflètent bien l'approche et les priorités habituelles de GK. Il s'agit de  : 

développer, en s'adressant aux plus défavorisés,  les productions familiales en particulier les cultures maraîchères, dans le double but d'améliorer la situation nutritionnelle et d'accroître les revenus pour réduire la pauvreté ;

procurer les connaissances de base aux familles pauvres pour l'amélioration de la santé et de l'environnement ;
favoriser les initiatives et la prise de responsabilités des femmes.

Le programme est dirigé par Rajan Mitra, ingénieur agronome que la délégation du Comité français a rencontré lors de ses derniers voyages. Le personnel engagé par GK est réparti dans 4 bureaux locaux au plus près du terrain et comprend, outre le directeur, des techniciens agricoles, des paramédics, des mécaniciens secondés par des conductrices (notamment pour l'entretien des motoculteurs et pour la formation des utilisateurs), et à temps partagé des nutritionnistes et un comptable. 

Pour la période Mars 2011-Mars 2014, le coût total du programme était estimé à environ 76500€. Le Comité français y a contribué à hauteur de 64 %. Une nouvelle phase du programme était en cours pour les années 2015-2016, pour laquelle le Comité français a sollicité et obtenu une contribution financière du Fonds de dotation "Bien nourrir l'homme" du groupe Bongrain (produits laitiers).

 

Les coopératives agricoles, situation en 2016

Fin 2016, environ une centaine de coopératives ont été constituées dans les différentes zones du programme et 37 avaient déjà complété le processus d'enregistrement auprès des autorités. L'enregistrement des autres, nécessaire pour bénéficier de la personnalité juridique et ouvrir certains droits, est en cours. Chaque coopérative peut faire appel à des motoculteurs pour les travaux saisonniers qui en nécessitent : il y en a également une centaine au total, gérés et entretenus sous la supervision de GK, qui peuvent être conduits par des conductrices, ou bien par des conducteurs, eux aussi formés par GK. GK a également fourni aux coopératives 100 pompes (appartenant à GK ou louées).

L'aide à la gestion et le suivi des coopératives sont assurés par GK au niveau de ses implantations locales. C'est ainsi qu'un rapport intermédiaire d'activité pour la période Mars-Novembre 2012 comprenait les listes nominatives des membres des coopératives concernées par le programme soutenu par le CFS. Par exemple, la coopérative de Kathalthali compte 41 membres, celle de Chotosinga 29 membres. L'objectif est de porter le nombre de membres de ces coopératives à une centaine (à Chotosinga, le village compte en effet 270 familles).

Jardins familiaux et parcelles de démonstration

Depuis 2011, le programme Krishi Samabay a eu pour objectif de soutenir le développement de jardins familiaux (1100 jardins déjà mis en place de 2012 à 2014), avec des distributions de semences de légumes (radis, épinard, tomate, piment, courge, chou, etc), des conseils par des techniciens, la formation des bénéficiaires qui sont en principe des femmes, et la mise en place de groupes de 20 bénéficiaires avec une responsable femme qui assure le lien avec GK. Ces jardins permettent à des familles de produire en toutes saisons divers légumes qui améliorent leur régime alimentaire et dégagent des revenus avec la vente des surplus. Ainsi, en 2016, 40 à 50 jardins familiaux du village de Chotosinga avaient produit 40 tonnes de divers légumes, pour un quart autoconsommés et pour trois quarts vendus, générant un revenu net de 110€ par famille.

La délégation du CFS a pu visiter en Février 2016 plusieurs de ces jardins, en présence des femmes qui les exploitent et de personnes de leur voisinage. Ces jardins ont des surfaces de l'ordre de 70 à 100 m2. Ils sont en général organisés autour d'un pond où l'on pompe l'eau d'irrigation. Certains jardins comportent une grande variété de légumes ; d'autres sont plus spécialisés : tomates, pommes de terre. Certains ponds servent pour l'élevage de crabes : les crabes de mangrove sont des produits très appréciés, collectés par des intermédiaires et transformateurs de la région de Khulna (ils leur sont vendus jusqu'à 900 takas (environ 9 euros le kg) pour les crabes de gros calibre et de qualité supérieure), et exportés. L'élevage de ces crabes a été mis au point, à partir de naissains, avec une alimentation par des aliments distribués dans le pond (alevin).

Les légumes qui sont vendus le sont soit à des intermédiaires qui passent les prendre, soit par les hommes aux marchés les plus proches. Il n'y a pas pour le moment d'organisation collective ou coopérative de la commercialisation, mais il y en a pour le transfert ou la mobilisation d'engins ou de pompes.

Les parcelles de démonstration mises en place par GK servent à expérimenter et à vulgariser les techniques de production de cultures de bonne qualité nutritionnelle et résistant à la salinité : par exemple une parcelle de comparaison de deux variétés de pommes de terre avec une variété améliorée, Diamond, nettement plus développée que la variété locale. Il y avait six parcelles pilote dans le village de Chotosinga. Entre 2012 et 2014, 38 hectares de parcelles de démonstration ont été mis en place.

Il y a aussi des installations de production de vermicompost. GK fournit deux buses cylindriques et un paquet d'un demi-kilo de vers, le tout d'une valeur de 20 euros. On obtient à partir de débris végétaux un excellent compost en quelques semaines. Après tamisage, ce compost est utilisé dans les jardins familiaux, les vers sont récupérés et réutilisés, l'excédent pouvant même être revendu. Outre la qualité de la matière organique apportée par le vermicompost, cela permet de compenser la rareté des fumiers - le cheptel avait été décimé par les cyclones de 2007 et 2009, et la bouse séchée est utilisée comme combustible - tout en limitant le recours aux onéreux engrais chimiques. Depuis 2011, plus de 260 vermicomposteurs ont été mis en place, ainsi que 700 fosses à compost classiques. 

 

Actions de formation

GK organise des formations par des experts en agriculture, en nutrition, en irrigation, ainsi qu'en prévention des effets des risques naturels (cyclones, inondations) ; la priorité est donnée aux femmes regroupées en coopératives et à des responsables et leaders de groupes de paysans en coopération avec d'autres ONG et organismes publics.

 

Autres actions programmées

Les projets proposés depuis 2013 comportent des actions nouvelles : 

  • l'approfondissement de mares (ponds) existantes pour accroître les réserves d'eau douce utilisables pour l'irrigation des jardins et pour la pisciculture à partir d'alevins (25 ponds traités, 20 en projet) ;
  • la création de pépinières pour la production des graines, semences et plants destinés aux jardins familiaux.

 

Comit de soutien  CK-SAVAR BANGLADESH