GK qui était à l'origine une ONG de santé, a très vite cherché à diversifier et enrichir les services qu'il pouvait rendre aux plus pauvres, dans le but délibéré de leur propre autonomie de développement. D'où ce concept de "développement intégré". Le levier de ce processus (qui sera la cause efficace et aussi le résultat) est la responsabilisation des individus eux-mêmes. On est aux antipodes de tout assistanat, de toute intervention d'aide "parachutée" par des donateurs (même bien intentionnés !), de tout modèle de développement moderne à l'occidentale. Le processus de développement intégré est mené, avec l'aide de GK, dans et par la communauté, grâce à des actions diverses et complémentaires (santé, école, prêt saisonnier, formation des femmes, …, appuyé sur l'implication financière et gestionnaire de la communauté elle-même). Les actions peuvent être modestes, à nos yeux, mais l'enjeu majeur est l'empowerment (autonomisation face aux responsabilités) de la communauté villageoise.
Ce Développement Intégré a été mis en place par GK surtout dans deux régions : d'abord dans les CHT (Chittagong Hills Tracts) (dès 2000), et principalement maintenant dans les Chars.
Historique :
En 2000 : GK, dans le cadre de sa mission au service des plus pauvres, décide d'intervenir et de créer des écoles. Après consultation et accord de l'assemblée tribale des 13 tribus et du ministre bengali des affaires tribales, est intégrée au programme de scolarisation, une action de promotion des femmes, ainsi qu'une action visant au développement micro-économique et à la prise en charge locale collective de la gestion de la scolarité. Ce programme se concentre sur le plus pauvre des 3 districts : Bandarban, en bordure du Myanmar (Birmanie), dans la vallée de la Sunghu, dans le canton le plus oriental, celui de l'Upazila de Tanchi. Les institutrices sont au cœur de la mise en œuvre de ce programme
A partir de 2000, implantation progressive d'écoles dans les villages des minorités tribales. GK touche diverses communautés tribales : les M'ro, les Chakma, les Tripura (hindouistes), les Khumi (chrétiens), les Murong (animistes), les Marmas (bouddhistes). Le programme comprend un volet scolaire, un volet de sécurité alimentaire, et un volet santé. Mais il va au delà , dans la perspective de développement intégré, dont les institutrices sont la pierre angulaire. Il est fondé sur les principes suivants appliqués dans toutes les écoles Gonopatshala :
Un enseignement primaire pour les garçons et les filles (l'idéal pour eux étant la parité filles/garçons ou même plus de filles même s'il est rarement atteint)
Une transmission par des institutrices indigènes (en formation initiale et continue à Savar, puis profitant de réunions et de soutiens pédagogiques dispensés localement )
Une adéquation de l'enseignement aux problèmes locaux ; celui-ci doit être fait en langue locale, par des institutrices appartenant aux tribus, et enseignant aussi la langue bengalie aux enfants, de façon à ce qu'ils puissent communiquer hors de leur tribu. L'enseignement primaire doit y être donné en Marmas ou M'ro et en Bengali. . GK a imprimé dans l'imprimerie de Savar des livres d'école en M'ro, un évêque ayant créé un alphabet M'ro pour cette langue orale. Le but est de valoriser la culture M'ro aux yeux des M'ro eux-mêmes. (Les Marmas ont un alphabet birman déjà présent sur ordinateur).
La communauté villageoise doit leur construire une maison et leur fournir la nourriture (leur salaire est payé par GK).
Un suivi médical des enfants est prévu avec envoi de paramedics de GK
Les parents doivent s'impliquer dans la gestion de l'école en collaboration avec les institutrices de la School Management Committee (SMC)
Les institutrices doivent animer des groupes de femmes
La construction s'est heurtée à de nombreux obstacles : obtenir l'accord de tous les propriétaires pour le terrain ; engager des scieurs de long bengalis parce que les M'ro n'avaient pas les outils nécessaires pour débiter les troncs fournis par eux, et faire face à leur absentéisme sporadique ; naufrage de pirogues qui transportaient les tôles ondulées sur la Songhu en crue, etc.
En 2003 - 1ère étape dans la création d'une réserve alimentaire fournie par GK pour le pensionnat à la suite d'une crise alimentaire locale. Les parents doivent construire un grenier collectif, et reconstituer la réserve après la récolte. Cette réserve est un stock de survie de 50 kg de riz par famille d'enfants scolarisés, rassemblés dans un stock géré de façon communautaire, et à utiliser pendant la période de soudure entre deux récoltes. Ce stock doit être remplacé après la récolte, avec un taux d'intérêt bas et une modique couverture du risque récolte.
Dans plusieurs villages visités, l'institutrice a montré aux membres du Comité Français le grand livre des échanges, qui présentait un solde positif croissant . J. Lejeune, président du Comité français, a proposé que 5 à 10% de la réserve de chaque village, soit mise dans une réserve centrale, afin de dégager un surplus qui permettrait de créer de nouvelles réserves dans d'autres villages. GK a retenu la proposition et commence à la mettre en œuvre.
Une autre mission des institutrices, est d'animer des groupes de femmes, pour les aider à améliorer leur condition, l'hygiène de leur famille. En particulier, elles les conseillent pour créer des poulaillers, planter des arbres fruitiers et cultiver des légumes
L'Union Européenne (UE) a demandé à une équipe indépendante de faire une évaluation des écoles Gonopatshala dans les zones tribales de Tanchi et autour de Cox's Bazar . L'évaluation est très positive : le projet est en adéquation avec les besoins des bénéficiaires (et avec les priorités de l'UE).
Les éléments forts sont : l'enseignement de base national (plutôt qu'un enseignement informel) ; ainsi que des matières additionnelles (santé, hygiène, savoir-faire villageois, culture locale) . L'Institutrice est la cheville ouvrière et soutient la structure de l'organisation .
En 2007 et 2008 : un certain nombre d'écoles ont dû être fermées à cause des difficultés de recrutement et de maintien des institutrices dans ces zones reculées et très difficiles d'accès.
En 2012
15 écoles de GK fonctionnent avec leurs institutrices enseignant en bengali et en langue vernaculaire. Elles s'adressent surtout aux communautés M'Ro qui se sont révélées les plus investies dans leur développement communautaire. Cette implication de la communauté a toujours été considérée par le Dr. Zafrullah comme la condition mais aussi le but de leur développement durable. Toutes ces institutrices ont reçu une formation initiale puis une formation continue de la part de GK (en grande partie grâce au soutien du Comité Français). Un très important centre de santé, couplé avec ces écoles, est ouvert à Y-Junction.
Et l'avenir ? ... assombri par les difficultés de la situation locale. La prise de pouvoir de l'armée et la mise en question des droits démocratiques sont une catastrophe pour les populations tribales .
Les habitants des îles fluviales sont parmi les populations les plus vulnérables du Bangladesh. Il s'agit pour GK de mettre en place durablement un programme intégré pour la survie et les droits de l'homme et, en coopérant avec 6 ONG locales, de s'engager dans 65 de ces îles fluviales (ou " chars "). Chaque " char " compte en moyenne 272 familles (en fait entre 35 et 800), soit un projet global concernant près de 80 000 personnes.
En résumé, GK veut aider ces gens à prendre conscience de leurs droits fondamentaux et forcer les communes ou Upazilla (UP) dont ils dépendent, à les respecter. Il s'agit de combattre l'ignorance, la maladie, la faim et la pauvreté ainsi que la vulnérabilité face à la nature. Le moyen clé de la prise de pouvoir est la promotion des femmes et leur participation aux structures locales de pouvoir de leurs communautés.
A noter que le Dr. Zafrullah, retiré de sa charge de coordonnateur de GK, est présent sur les Chars 5 jours sur 7. Il y travaille pour GK à l'implantation des centres de développement intégré et à la formation des paramédics.
Objectifs du programme
GK intervient surtout sur 2 districts au nord du pays : Gaïbhanda et Kurigram. Il s'agit de pallier les effets désastreux des 4 mois de la monga (de juillet à octobre, les paysans sans terre, affamés, sans provisions, laissent femmes et enfants pour émigrer dans les villes à la recherche d'un travail temporaire), en proposant un programme de développement intégré : éducation, santé, crédit saisonnier pour permettre les récoltes, culture mécanique modernisée avec pompes d'irrigation, visibilité de l'émancipation des femmes et mise en place de coopératives de fermiers. En outre, GK a introduit le concept de partage des coûts des intrants agricoles évalué en fonction de la propriété foncière des fermiers riches et des fermiers pauvres.
1° volet : Éducation et soins
Nombre d'écoles ouvertes par GK au départ ont subi les ravages des moussons et inondations ; 36 ont été maintenues ouvertes dans les districts de Gaïbandha et de Kurigram. C'est donc environ 100 institutrices de GK qui interviennent sur les Chars, après avoir été recrutées et formées par GK. Plus de 60 paramédics sont en service dans les centres de santé de GK et y résident..
2° volet : Développer l'économie
5 composantes plus originales pour les annales de GK : élevage de volaille indigène, élevage de chèvres et brebis ; prêts saisonniers de campagne agricole ; préparation aux désastres. Une coopérative est organisée dans chaque char pour mettre en place du micro-crédit annuel : soit 7 euros par famille pour 6 volailles (ou canards), soit 23 euros pour 2 ovins (chèvre ou brebis), soit 174 euros pour 1 vache ou encore 81 euros pour les prêts de campagne agricole. 50 familles par an et par Char peuvent bénéficier à nouveau des crédits antérieurs . Mais les prêts pour l'achat de vaches ne sont que 10 de plus par an et par Char, réservés aux plus pauvres et vulnérables : des mères chefs de famille. Lorsque le cumul est optimal, on "aide" ainsi au bout de 4 ans pas moins de 40 femmes chefs de famille par Char.
3° volet : Responsabilisation et vie citoyennes
GK demande aux habitants de participer à la construction de l'école ( terrain, surélévation d’un tertre, travail ). Un comité de gestion de l'école comprend au moins 6 femmes (enseignantes) sur 11 membres. Par leur présence, les cadres du projet, basés sur la terre (5 spécialistes techniques, les 13 superviseurs des ONG locales, et les 20 paramédics) savent assurer le lien entre les centres locaux d'alerte à la crue, afin que les familles aient 2 ou 3 jours pour préparer leur évacuation du Char trop menacé.Chaque Char choisit son " Conseil de développement social " de 11 à 15 membres dont au moins 6 femmes, sachant lire et calculer (si possible). Sa création résulte des débats initiaux entre les cadres du projet et les habitants et du processus de sélection des 7 femmes locales à former. Une cotisation modulée de 5 à 20 takas par famille est instituée (100 takas = 1€).
4° volet : Le Prêt saisonnier ou "Seasonal loan"
1° étape : En 2006, GK a distribué 3 900 000 tk (dont l'aide de 3 500 000 tk du Comité français de Soutien) à 2 191 fermiers des Chars, pour les semences de riz aman tardif, chilli, Thakri, Kalai, de maïs. Le taux de recouvrement est de 94%.
2° étape : Impressionnées par l'action positive de GK, les autorités du PKSF ont été convaincues de soutenir ce type de prêt rural pour des populations hors d'atteinte jusqu'ici. PKSF a alloué 10 000 000 de tk à GK pour cette opération.
Management, coopératives et conditions des prêts
Le programme de Gaibandha couvre 10 clusters ; chaque cluster comporte 5 à 7 écoles Gonopatshala (Education pour les plus pauvres"). GK tient une réunion mensuelle dans chaque cluster ; toutes les institutrices sont présentes à la réunion et apportent leur contribution à la réflexion et aux décisions.
- le management : GK travaille avec 6 ONG partenaires locales ; chaque ONG a désigné un superviseur pour 10 à 15 écoles Gonopatshala ; GK a 2 superviseurs de plus pour suivre et manager le travail quotidien des superviseurs des ONG.
- le partage des coûts : ceux qui ont moins de 1 bigha ( 1/6 d'hectare) ont besoin de 250 tk. Ils obtiennent 100% de crédit pour le labeur, et devront rembourser 250 tk après la moisson ; ceux qui possèdent entre 1 bigha et 1 acre (½ hectare) ont besoin de 1000 tk pour le labour. Ils avancent 450 tk et reçoivent un crédit de 550 tk. Ils devront rembourser 550 tk après la moisson ; ceux qui possèdent plus d' ½ hectare ont besoin de 1200 tk par ½ hectare, ils avancent 700 tk et obtiennent 500 tk d'avance. Après la moisson ils rembourseront 500 tk.
Ce système de seasonal loan qui inclut la mécanisation permet d'accroître les revenus des bénéficiaires et des coopératives locales. Il réduit l'écart des ressources entre riches et pauvres et crée un environnement des conditions de travail favorable au développement de l'éducation et du soutien au niveau sanitaire de la communauté.
